Le commencement, petit rappel historique

Le 15 juin 2004, sur le forum Chronomania, tout démarre avec un message écrit par "thierry b" qui recherche des informations sur un modèle peu courant d'une Jaeger LeCoultre en sa possession. La montre est non fonctionnelle et l'état général passablement mauvais : cadran fichu, aiguille des secondes baladeuses et rouille omni-présente sur le calibre. Les premières photos :

Elle reprend de la Memovox le principe du disque central mais ce dernier n'indique pas l'heure de l'alarme mais tout simplement la date. Le mécanisme diffère également. Ce modèle est assez rare, peut-être quelques centaines d'exemplaires produit, mais sa valeur n'en est pas pour autant très importante. Par contre, le travail nécessaire pour une remise en état est conséquent et, à fortiori, coûteux.

Ainsi, devant le pessimisme général que suscite l'état de la montre, ce même "thierry b" décide le 26 juin 2004 de poster une annonce pour la mettre en vente. Je l’achète !

Les photos sont un peu différentes suite au passage chez un horloger du vendeur : il a effectué un petit nettoyage et enlevé les pièces qui sont définitivement fichues. Pièces récupérées pour la forme auprès de cet horloger ardéchois. Les secondes photos faites par le vendeur à cette époque :

Cette montre ne semble pas posséder de nom particulier ; je l'ai un temps appelé "Memodate" mais ce nom se réfère à des Memovox avec date destinées au marché américain. Selon les informations fournies très aimablement par la Manufacture Jaeger LeCoultre, la montre date de 1954.

Restauration de la boîte et du calibre

L'objectif de la voir revivre n'était pas gagné d'avance. Il est rare d'avoir de la chance dans ce domaine mais, sur ce coup-là, je dois avouer que cela a été beaucoup plus facile - et bien moins cher - que ce à quoi je m'attendais. Tout cela grâce à une association d'horlogers professionnels et sympathiques, un peu motivés par cette montre plutôt rare qu'on ne croise pas tous les jours.

Au-delà du calibre, un P810/A, la difficulté consistait surtout à retrouver la couronne de remontoir bien spécifique au modèle puisqu'elle intègre un poussoir pour la mise à jour rapide de la date indiquée par le cadran secondaire au centre. C'était un point essentiel pour obtenir une rénovation complète car, sans elle, je savais par avance que le résultat n'aurait pas de sens.

Après une assez rapide étude des acteurs susceptibles de pouvoir la restaurer, horlogers indépendants ou manufacture JLC, je décide de la confier à M. Jean-Claude Sibert chez STH (Station Technique Horlogère). Cependant, le travail ne sera pas effectué par lui mais par un autre horloger qui aura accès à l'ensemble des pièces d'origine pour ce calibre. Je n'ai jamais eu de réponse claire sur ce point mais je crois savoir dans quel atelier le travail a finalement été effectué.

Je la récupère au tout début du mois d'octobre 2004. Un délai qui me semble finalement très raisonnable vu l'inconnue du départ.

Déjà, on peut mieux se rendre compte de son élégance simple et sincère et cette petite complication qui consiste à avoir la date avec un disque tournant plutôt qu'un guichet lui donne un charme supplémentaire... Le calibre a été entièrement restauré, la couronne - cachotière et bien spécifique avec son poussoir - a été rajoutée en pièce d'origine (un intervenant du forum m'avait gentiment indiqué cette spécificité pour ne pas l'oublier, qu'il en soit remercié), les aiguilles ont également été changées avec celles d'origine, boîtier poli, etc... De nouvelles photos :

Le seul problème restant, mais de taille, est celui du cadran. Un échange avec JLC en Suisse me confirme que le cadran n'est plus disponible en stock. La probabilité de trouver par ailleurs un cadran d'origine en bon état étant quasi impossible, la seule possibilité reste de le restaurer à l'identique par un cadranier.

Restauration du cadran

Autant changer des pièces au calibre ne me dérange pas, autant restaurer le cadran me pose un problème et me laisse l'impression d'altérer irrémédiablement l'état d'origine de la montre.

Il existe deux cadraniers en France, Alteca à Paris et Bourrier dans le sud. J'ai visité Atelca pour me faire une idée - Bourrier n'a qu'un bureau de réception à Paris - mais l'attitude m'a semblé confirmer la réputation d'un travail aléatoire au bon vouloir du maitre des lieux. Après de longues hésitations, je fais le choix d'une solution alternative via un membre de Forum A Montres. Il a accès à un atelier en Suisse, pas plus de précision, qui semble réaliser un travail soigné sur les cadrans présentés. L’opération est lancée et j’amène donc la montre à STH pour qu’il démonte le cadran. Il garde la montre et j’amène le cadran fin novembre 2004 pour le confier avant un envoi en Suisse pour restauration.

Je le récupère début février 2005 – l’attente devient longue – mais il ne me convient pas ! La typographie des chiffres du calendrier n’est pas la même, la mention « FABRIQUE EN SUISSE » a été remplacée par « FABRIQUE EN SWISS » et la mention « SWISS » a été ajoutée à 6h. La photo :

Il repart donc aussitôt pour être refait de nouveau et il me revient la première semaine de mai 2005.

J’en profite d’ailleurs pour remercier la personne – sans la citer - qui s’est occupée de toute cette opération ! Merci pour tout et notamment la patience...

C'est alors qu'un épisode pénible intervient. J'appelle le jeudi 12 mai 2005 M. Sibert chez STH pour lui dire que je viens le lendemain pour faire remonter le cadran sur la montre ; pas de commentaire.

Le vendredi 13 mai 2005, je passe à nouveau un petit coup de fil en début de journée pour me remémorer les horaires d’ouverture de STH. M. Sibert me pose alors la question fatale : "vous avez bien pensé à prendre aussi la montre ?". Ce à quoi je lui réponds "non, puisque vous l’avez gardé après le démontage du cadran!" S’en suit une discussion de fous, le début du cauchemar, puisqu’il me dit ne pas l’avoir alors que je suis certain du contraire ! Je coupe court et lui précise que je serai chez lui en début d’après-midi. Je déjeune alors avec 2 intervenants du forum et la pression monte toute seule.

En début d’après-midi, je me rends effectivement chez STH et me retrouve face à un horloger visiblement mal luné qui répète sans cesse le même discours : il n’a pas la montre. Il m’explique alors une règle simple : s'il a la montre, j’ai un bon de couleur bleu qui l'atteste ; si ce n’est pas le cas, c’est qu’il n’a pas la montre. Manque de bol : il ne m’a pas donné ce fameux bon et je m’en souviens parfaitement !

Je lui demande alors, un peu paniqué, de bien vouloir faire l’effort de chercher, allant même jusqu’à décrire le bracelet de médiocre qualité en autruche réalisé chez Scarlett. Il me rappelle en fin de  journée - ce satané vendredi 13 - pour me confirmer que, non, il n’a pas la montre. Tout cela pour ca ?! Non, ce n'est pas possible ! Je passe une soirée horrible, une nuit horrible, je me lève le samedi à la première heure, je me pointe chez lui, c’est fermé et, pire que tout, c’est tout un weekend pourri qui s’annonce !

Le lundi 16 mai 2005 est bien calme à Paris, c'est le lundi de pentecôte. Je travaille mais décide d’aller par "surprise" chez STH où j’arrive à 13h30. Il est là, il m’ouvre. J’entame la conversation en affirmant encore que ce n’est pas possible, qu'il a mal cherché car la montre est forcément chez lui. Je reste encore sympa à ce stade mais il me dit que je le "saoule" - j’emploie ses termes... - et qu’en raison du temps perdu le vendredi à la chercher, il est obligé de travailler ce lundi !

Devant le manque de coopération, le ton monte assez violemment et je pèse mes mots... Je lui propose alors gentiment la chose suivante : je lui laisse jusqu’à jeudi soir, le 19 mai, pour chercher tranquillement, sans stress, la montre dans ses affaires. S'il la retrouve, tout va bien. S'il me confirme ne pas l’avoir, alors je la déclare volée chez JLC et je porte plainte auprès de la police. Je me fais clairement menaçant devant son manque de bonne volonté et de coopération.

Il me dit que cela ne sert à rien d’attendre car il ne l’a pas. On calme un peu le jeu et je prends la peine de lui donner des photos, pour lui rafraichir la mémoire, et de décrire à nouveau le bracelet, au cas où, avant de reprendre le chemin du bureau. Je passe un coup de fil à un ami du forum pour lui raconter l’évolution de mon malheur quand j’aperçois un double appel de STH.

M. Sibert me dit qu’il est un "con" - j’emploie à nouveau ses propres termes - et qu’il a retrouvé la montre. Ce sera la seule forme d'excuse reçue car la suite ne sera que reproches pour mes menaces et mes méthodes de "salaud". Il n’a en fait pas aimé le coup de la police, rien de choquant à mon sens, voire plutôt quelque chose de normal dans un litige avéré... Toute cette affaire est simplement idiote, je la regrette, et elle m'a vraiment gâché le plaisir d'aboutir dans cette restauration. Nous n'avons bien évidemment plus jamais été en contact depuis cet incident.

Résultat final

Tout est bien qui finit bien. Sur ce, la montre a donc bien été récupérée, il s’est toutefois chargé de la remonter avec en prime une rayure sur le cadran à 10h. Une photo de la montre finie :

Quelques achats supplémentaires pour compléter le tout : un bracelet JLC en autruche monté avec des pompes rapides, une boucle ardillon récente et signée JLC ainsi qu'une boucle déployante, également récente et signée JLC, au cas où. La Manufacture JLC m'a gracieusement fait parvenir avec le certificat d'authenticité un coffret de la marque pour parfaire l'ensemble.